dimanche 20 octobre 2019

Jouer : de la passion à la raison

On se laisse souvent emporter par une passion ; on mange, on dort, on respire jeux. Ça détend, ça donne de l'énergie, ça crée des liens. Mais comment évoluera-t-elle ? Au niveau individuel, au niveau de la communauté qui la partage ? Collection, prosélytisme, rédaction, analyse… ou simplement profitage ?


La passion assouvie

Le jeu de société, c'est une passion qui m'anime depuis mon enfance. Tant sa pratique que son détournement : en modifier les règles, les utiliser dans des contextes spécifiques, en créer…
Pendant des années, en parallèle avec la croissance du secteur des jeux de société dits modernes, j'ai adoré en découvrir de nouveaux titres, de nouveaux principes, de nouvelles sensations. Une de mes créations m'a conduite, de fil en aiguille, à intégrer l'équipe d'un magazine spécialisé en tant que relectrice, en participant occasionnellement à la rédaction. Une consécration pour quelqu'un qui aime aussi jouer avec la langue et a lancé le projet d'un journal de l'école à peine arrivée en secondaire. Puis j'ai travaillé en multitâche pour un éditeur de jeux, et là, c'est prendre part à leur développement qui m'a ravie.


Un décalage progressif

Le secteur s'emballe. Le jeu de société n'est plus une passion, c'est un produit de consommation. Il faut être visible, vendre un max, élargir la cible. Les nouveautés annuelles se comptent en milliers.
La relecture du magazine n'est plus un plaisir en avant-première, c'est un défilement de texte concernant des jeux dont les règles sont proches d'autres qui existent déjà ; peu sortent remarquablement du lot, et encore moins de façon durable.
Les réseaux sociaux sont témoins d'une boulimie dans laquelle les participants s'influencent mutuellement en validant (et incitant) leurs comportements d'acquisition compulsive, avec une connivence teintée de touches humoristiques qui dédramatisent.
Je suis saturée. Je ne veux pas participer à la hype du dernier buzz. J'évite depuis longtemps le financement participatif. Je ne suis plus sûre de vouloir participer à la déferlante avec mes créations. Et surtout, je n'ai pas besoin de plus de jeux.


Un nouveau positionnement

La course à la nouveauté ne me concerne plus, j'ai décidé de me contenter de ce que j'ai. Ou presque. Je m'autorise encore à ajouter à ma ludothèque des jeux qui m'auront convaincue après y avoir joué, ou que je suis convaincue qu'ils apportent quelque chose de suffisamment différent.
Plus encore, je fais le tri. Il y a des jeux dont on ne se sert pas, ou très peu ; trop longs, trop complexes, manque d'amis intéressés à y jouer, ou simplement un autre titre a notre préférence dans un genre similaire. Ceux-là ont droit à une partie de la dernière chance avant d'être probablement revendus. Il y en a d'autres qui ne quitteront jamais ma ludothèque pour diverses raisons qui en font des coups de cœur ou des incontournables. Les autres resteront sur mes étagères aussi longtemps qu'ils ne basculeront pas dans une de ces catégories, peut-être indéfiniment. Parce qu'on les aime bien dans des circonstances précises, qu'on sait avec qui on va les sortir, ou parce qu'ils ont simplement un petit quelque chose de spécial.

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