Affichage des articles dont le libellé est Reflexion. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Reflexion. Afficher tous les articles

vendredi 11 mars 2022

Sur les réseaux sociaux, nous contribuons à définir ce qui est désirable

 Sur les réseaux sociaux, on partage nos grands moments, ce qui nous fait plaisir, ce qu'on aimerait être et faire. Les publications que nous voyons défiler contribuent à modeler nos perceptions, nos opinions, nos souhaits ; et inversement, en publiant, nous contribuons à diffuser notre perception du monde, influençant les autres… souvent sans le savoir au détriment de notre environnement !

Il y a des périodes où fleurissent les publications de vacances sur les réseaux sociaux, où vous avez l'impression que tous vos contacts sont partis faire du ski, ou à la mer, ou à l'étranger. On ne manque pas les photos des soirées resto aussi. C'est humain, on aime prendre des photos des moments où on profite, où on fait des choses hors du quotidien, et les partager sur ces plateformes !

Oui, mais cela contribue à véhiculer une certaine conception du bien-être, du plaisir, du bonheur, de ce qui est souhaitable. Cela génère l'envie de faire pareil, surtout quand tous nos contacts s'y mettent. Le problème, c'est quand on contribue de cette façon, inconsciemment et involontairement, à promouvoir une consommation problématique. Ce mécanisme n'est déjà pas évident lorsqu'on montre un verre d'alcool qui donnera peut-être envie, à l'autre bout de l'écran, à une personne alcoolique de s'en servir un. Et il l'est encore moins quand on touche à des questions écologiques.

Trois exemples de partages problématiques

Lorsqu'on partage ses voyages, on montre la photo de l'avion. On montre les photos des plus beaux endroits, rarement des plus moches. Des cocktails. On donne envie aux autres de sortir du pays eux aussi, de prendre l'avion parce que c'est plus rapide (les congés sont comptés !) et moins cher. Pour rester finalement très peu sur place. Alors qu'il serait possible de se dépayser beaucoup plus près de façon tout aussi satisfaisante.

Lorsqu'on partage une photo de son repas avec un steak énorme, dans un restaurant à l'autre bout de la Belgique, on montre qu'il est possible et que ça procure du plaisir de parcourir une longue distance en voiture juste pour une soirée ; on montre qu'il est normal et souhaitable de consommer une grosse quantité de viande qui impressionnera les autres. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas moi ?

Lorsqu'on partage une photo d'une nouvelle acquisition matérielle, voiture, maison nouvellement construite, dernier gadget électronique à la mode, objets de qualité médiocre achetés pour quelques centimes, objets à usage unique… Eh bien, on donne envie aux autres d'acquérir eux aussi des objets similaires, de faire des bonnes affaires.

Et si on publiait des choses vraiment souhaitables ?

On pourrait montrer notre potager, les plantes qui poussent, le repas végétarien cuisiné avec 100% de légumes du jardin ! Cela donnerait envie à ceux qui le peuvent de faire pareil, et de publier à leur tour leur progression, pour montrer que c'est possible et souhaitable. Le résultat, ce serait d'augmenter la résilience alimentaire, avec plus de personnes capables de faire pousser de la nourriture, et de nouer des liens en échangeant des conseils, des graines, etc.

On pourrait montrer l'équipement de notre vélo qu'on utilise par tous les temps : sacoches pour les courses (et vous n'imaginez pas tout ce qui peut rentrer dedans !), remorque pour transporter les enfants… et communiquer sur les économies réalisées, sur le bien-être de combiner le sport quotidien à l'utile, sur les discussions improvisées avec les gens croisés au coin de la rue… ce qui n'arrive pas en voiture ! Le résultat serait de réduire l'encombrement des routes, la pollution de l'air et les gaz à effet de serre (d'ailleurs, saviez-vous que la moitié du pétrole au niveau mondial est utilisé pour le transport routier ?).

On pourrait montrer l'ingéniosité avec laquelle on a transformé un déchet en ressource en l'utilisant dans un bricolage, qu'il soit artistique ou fonctionnel. Il y a bien de quoi être fier de soi lorsqu'on laisse libre cours à notre créativité à partir de récup', et montrer aux autres que c'est possible, qu'ils peuvent le faire aussi, et qu'en plus, c'est du temps passé agréablement !
Ou encore ce qu'on peut trouver d'occasion, en insistant sur l'économie et le plaisir d'avoir déniché une pépite en seconde main.

On pourrait montrer le plaisir de lire un bon livre, ou de faire un jeu de société en famille, au lieu de partager la dernière série sortie sur un célèbre service de vidéo à la demande.

Alors maintenant, qu'allez-vous publier pour contribuer à changer le monde ?

dimanche 15 novembre 2020

L'argument écologique en faveur de l'allaitement

Cet article a été initialement écrit pour le site ça commence par moi ; il n'y a finalement pas été publié dans le souci d'éviter des clivages pro/anti allaitement, malheureusement trop souvent guidés par une culpabilité (qui n'a pas lieu d'être) de celles qui optent pour le biberon. Ce qui est dommage, car on y gagnerait à pouvoir avoir des discussions saines en respectant la position et le choix de chacune tout en admettant que l'allaitement est la meilleure option "par défaut".

Avec des variations selon la source, on considère qu’un bébé a besoin de lait adapté jusqu’à deux à trois ans, et que celui-ci constitue la base de son alimentation jusqu’à un an et demi. Le lait maternel est normalement prévu pour cela ; le lait artificiel a été conçu pour celles qui éprouvaient des difficultés à allaiter, et n’a cessé d’être amélioré depuis le 19e siècle, au point de devenir aujourd’hui une véritable alternative.

De la vache (avec les problématiques engendrées par l’élevage intensif), le lait est tiré, réfrigéré, transporté, pasteurisé, écrémé, modifié notamment avec l’ajout de graisses et vitamines (qui doivent elles-mêmes être produites), séché, mis en boîte (avec la chaîne de production de la boîte elle-même), puis en cartons et/ou palettes, et retransporté vers les magasins. Sans compter le département marketing, ça représente une grande quantité d’énergie, de matière, de terrain, d’eau; bref, de ressources en général. Puis, une fois à la maison, on chauffe à nouveau de l’eau pour reconstituer ce lait. Au rythme moyen d’une boîte par semaine par bébé, on peut affirmer sans calcul que l’impact écologique est énorme.

Outre ses bienfaits nutritionnels et affectifs, ainsi que sur la santé de la mère, l’allaitement est donc également un très bon moyen de limiter l’empreinte écologique de bébé tout en faisant de sérieuses économies (en sous et en temps). Et ce, même en comptant dans la balance une croissance d’appétit (surtout au début) ainsi que les solutions d’allaitement indirect, telles que le tire-lait (ne mentons pas, l’électrique est plus efficace), les récipients de stockage, la congélation et le réchauffage.

Et pourtant, l’allaitement n’est pas toujours facile à mener: fatigue, douleurs éventuelles, pression de l’entourage, de la société, organisation au travail, et parfois (souvent ?) même des recommandations inappropriées du corps médical…

Il faut savoir garder confiance en soi malgré les commentaires maladroits et assassins, qu’on trouve dans un entourage proche pourtant de bonne intention, et défendre son propre confort. Étonnamment, en huit mois d’allaitement sans complexe, jamais je n’ai reçu de remarque désobligeante de la part d’inconnus, mais plutôt des regards attendris !

Si vous avez le projet d’allaiter, ne laissez pas ces facteurs vous influencer, et tentez de trouver une source de soutien inébranlable (le conjoint a souvent un rôle important) pour mener cette belle aventure. Sachez qu’il existe des sages-femmes spécialisées ainsi qu’un réseau d’information et d’entraide : la Leche League.

Si vous hésitez ou êtes prête à vous laisser convaincre, alors essayez ! Il est plus facile d’arrêter si ça ne convient pas que de commencer à allaiter tardivement (même si ce n’est pas impossible !).

Et dans tous les cas, pas de culpabilité si vous avez recours au lait artificiel !

Pour terminer, voici un article très intéressant sur l'allaitement.

Mise à jour 11/03/2022 : Finalement, notre allaitement a duré plus de trois ans ! Il y a un autre paramètre que j'aimerais soulever dans cette réflexion : le choix du lait artificiel amène une dépendance au système industriel, dont les chaînes logistiques longues risquent de ne pas tenir le coup dans les prochaines années, avec l'instabilité de notre civilisation, la raréfaction des ressources et le dérèglement climatique qui cause de gros dégâts au système alimentaire. Dans ce contexte, l'allaitement permet d'être certaine de pouvoir nourrir son bébé dans un maximum de circonstances.


mardi 5 novembre 2019

L'allaitement n'est pas gratuit

Lorsqu'on oppose le lait maternel aux préparations pour nourrissons (parce qu'on ne peut plus les appeler "laits", et tant mieux), de nombreux arguments reviennent : bénéfices pour l'enfant (nutritifs, immunitaires, affectifs), pour la mère (mécanismes hormonaux), considérations logistiques et… financières. Parce que l'allaitement, il paraît que c'est gratuit.


Le tire-lait manuel

Lorsqu'on allaite au-delà des trois premiers mois (voire avant), il y aura des moments sans le bébé. Parce qu'on veut sortir, passer une soirée pour nous seule, ou en amoureux, parce qu'on le confie à la mamie ou au parrain pour plusieurs heures voire la nuit, parce qu'il va à la crèche. Ou le rythme sera perturbé lorsqu'on part en excursion ou en vacances, ou si on tombe malade.
Dans ces moments, un tire-lait d'appoint est un allié précieux. Manuel, il se transporte partout et permet de tirer son lait en toutes circonstances, même sur le parking d'une salle de concert, pour simuler une tétée et éviter une diminution de la lactation. Ce tire-lait vient souvent avec un ou deux pots/biberons de stockage, auxquels il faut ajouter un moyen de transport réfrigéré (sac isotherme et blocs glacés).
Dans mon cas, le tire-lait était à 35€ (neuf), le petit sac isotherme 4€ d'occasion (il sert aussi pour les repas solides !) et les blocs, on les avait.


Le tire-lait électrique

Puis on reprend le travail, et il faut trouver une solution à plus long terme pour maintenir la lactation et fournir des biberons. Le tire-lait électrice s'impose. Avec ses allures d'une machine de torture, alors que je m'étais jurée de ne pas y avoir recours, il a fini par entrer chez moi et me suivre au boulot, dans sa valisette métallique. Non, je n'allais pas priver ma fille du plaisir de la tétée, je n'allais pas céder à la toute-puissance des industriels qui ont transformé la normalité de l'alimentation du tout-petit. Et en plus, je voulais préserver au maximum son unique rein fonctionnel des protéines animales qui le fatigueraient plus que nécessaire.
Un tire-lait électrique, on ne sait pas combien de temps on va l'utiliser. Et pour l'efficacité, avec la sensibilité des tétons qui diminue, il en faut un bon. J'ai peu consulté le marché de l'occasion pour cet attirail ; ma solution spontanée a été la location à ma mutuelle.
En partant du principe que la caution de 35€ me sera remboursée, il faut compter l'achat d'un kit individuel (20€), puis la location coûte 11€ par mois, les trois premiers étant gratuits. N'oublions pas les nécessaires bouteilles de stockage (2€/pièce pour moi, j'en ai eu besoin de 30). Le côté usage unique anti-écologique des sachets de stockage et le risque qu'ils percent m'ont conduite à éliminer immédiatement cette option. Et puis l'énergie électrique difficilement comptabilisable pour congeler, puis dégeler (surtout pas au micro-ondes) ce lait lorsqu'on l'utilise, et enfin le nettoyage de tout le matériel utilisé quotidiennement.


Et tout le reste

Allaiter, ce n'est pas facile pour tout le monde dès le départ. Il y a souvent quelques embûches sur le chemin, surtout au démarrage, et il faut savoir les surmonter pour être plus tranquille par la suite. Surtout, il est fréquent de recevoir de mauvais conseils de la part de l'entourage, mais aussi, plus grave, de la part de professionnels qui, finalement, n'en sont pas spécialistes. Il peut être nécessaire alors de consulter des sages-femmes spécialisées en lactation, qui s'avèrent être une véritable ressource et un soutien important lors des étapes difficiles. Ces consultations, en Belgique, sont bien remboursées, mais pourront laisser quelques frais à votre charge, notamment le déplacement.
On voudra peut-être investir dans des vêtements prévus pour l'allaitement, notamment des soutien-gorges et hauts adaptés. Il y a moyen d'y consacrer un vrai budget si on veut du neuf ou si on ne trouve pas d'occasion. Pour ma part, j'ai choisi de simples brassières et des gilets à tirette tout à fait classiques.
Un tube de lanoline (8€) est souvent utile au démarrage, et il faudra investir dans des coussinets d'allaitement ; je tournais avec 18 lavables (34€). Des coquilles d'allaitement m'ont également été utiles pendant cinq mois, afin de récolter le lait qui coulait tout seul au cours de la tétée (13€).


Le seconde-main

Un tire-lait manuel peut s'acheter facilement en seconde main pour une vingtaine d'euros. Cependant, tout le matériel en contact avec le lait, y compris le kit individuel du tire-lait électrique ainsi que les bouteilles de stockage et tétines, doit être dûment lavé et stérilisé. Le lait maternel étant une excrétion du corps, il peut contenir et transmettre certains virus et germes, donc des maladies.
Sous cette réserve, il est donc possible de s'en sortir pour moins cher, et même de revendre son matériel encore en bon état.


Le temps, c'est de l'argent

C'est ce qu'on dit, et c'est vrai. Car quand on prend deux demi-heures pour tirer son lait au travail, c'est une charge significative en plus. Et c'est là que je regrette avoir manqué d'information quant à la réglementation des "pauses allaitement". Car ce n'est pas juste une obligation du patron de laisser ce temps et un espace à la travailleuse ! En accomplissant les démarches nécessaires, en Belgique, cette heure journalière est déduite du temps de travail et payée à la place par la mutuelle jusqu'au 9e mois du bébé. Ce qui équivaut, en étant à 4/5e, à un jour de congé toutes les deux semaines. Si j'avais su ! Ça aurait probablement ralenti le processus d'épuisement dans lequel j'étais engouffrée.


Et ça vaut tellement la peine

Indépendamment des bienfaits scientifiquement prouvés, l'allaitement vaut tellement la peine. Voir le bébé qui se réjouit de la tétée, détenir le pouvoir de calmer rapidement la plupart des crises, de réduire les désagréments des petites maladies banales, d'apporter un peu d'apaisement pour favoriser le sommeil. Et tout ce à quoi je ne pense pas en écrivant ces lignes. Mais non, ce n'est pas tout à fait gratuit. Pour ma part, aux 19 mois de ma fille, ça m'aura coûté 315€ en frais comptabilisables… tout de même 1000€ de moins, à la grosse louche, que l'utilisation de préparations industrielles.

lundi 4 novembre 2019

Pourquoi Monopoly Millionnaire est mieux que le classique

Monopoly ! Un nom synonyme d'injustice, de longueur, de mocheté, de vieillesse. Malgré son succès commercial intarissable, on préfère l'oublier dès qu'on fait connaissance avec certains jeux plus modernes, qui savent toucher leur public et offrir un réel intérêt au cours de chaque partie. Mais comme tout ancêtre, il a de l'expérience à partager.


Son plus gros défaut

L'unanimité dira que le plus gros défaut de Monopoly est de traîner en longueur. Cet aspect est renforcé par certains oublis de règles (la mise aux enchères lorsqu'on décide de ne peut pas acheter un terrain) et par des ajouts "maison" transmis de génération en génération (premier tour de plateau sans achats, récupération d'un pot commun sur le parc gratuit, emprunts arrangés…). Toutes ces modifications ont pour effet d'allonger encore la partie en retardant ce qui provoque un effet boule de neige la précipitant à sa fin, c'est-à-dire la possession de terrains et constructions (qui permettent les flux de monnaie) ainsi que la faillite (qui élimine les joueurs, donc concentre le capital). Notez qu'il n'existerait probablement pas autant de variantes officieuses si le jeu était équilibré et satisfaisant de base.


L'élimination logique

Dans Monopoly, plus on gagne, plus on gagne, et la qualité du démarrage de chacun est une question de chance. Le fait qu'il dure longtemps n'est pas un problème en soi ; certains jeux durent des heures et gardent leur fidèle public. Le problème est le peu d'intérêt qu'il propose (maintient ?) pendant si longtemps. La proportion de hasard empêche toute satisfaction d'avoir bien mené sa partie, d'avoir pris les bonnes décisions ou de relever le défi de "se refaire" si on est mal parti. Car rien ne permet de se refaire. De ce fait, on ne joue que pour gagner ; et dès qu'il est clair qu'on n'a aucune chance de gagner, par manque de revenus ou parce qu'un joueur a clairement pris l'avantage, la partie devient ennuyeuse, tant pour celui qui perd que pour celui qui gagne. Alors, tout le monde "joue le jeu", littéralement, sans plaisir, jusqu'à la fin. Ou alors, on va décider de déclarer prématurément un vainqueur avant de refermer la boîte.
On connaît bien l'élimination stricte : le joueur est exclu de la partie et la regarde se dérouler sans plus y prendre part, ou se dévoue pour servir les boissons. Si ce mécanisme est souvent critiqué, l'élimination logique est pire : le joueur concerné n'a aucune chance de gagner, et s'il s'en rend compte, s'il perd tout espoir (réel ou imaginaire), il traîne dans la partie jusqu'à la fin, avec éventuellement le pouvoir d'avantager d'autres joueurs selon sa volonté (kingmaking), et c'est plombant pour tout le monde.


Et Monopoly Millionnaire ?

La principale modification des règles dans la version Millionnaire n'est rien de moins que le but du jeu (et en même temps ce qui déclenche sa fin) : plutôt que ruiner ses adversaires jusqu'à rester le seul en lice, il faut amasser un million (d'euros ? de dollars ? peu importe !) en billets. Dès lors, si l'élimination stricte n'est plus nécessaire, l'élimination logique a un impact significativement réduit : même si un joueur est clairement un avance, on peut garder l'espoir d'un soubresaut qui nous ferait atteindre le seuil victorieux avant lui, et ce, même si un tel soubresaut aurait été passager dans la version classique. On reste alors impliqué dans la partie bien plus longtemps, et cette partie est en même temps raccourcie en supprimant la longue descente aux enfers. On y gagne des deux côtés, avec pour effet de condenser le plaisir de jeu.
Ce que ce Monopoly Millionnaire nous apprend est une leçon de game design. Faire varier l'objectif des joueurs et/ou ce qui déclenche la fin de partie peut avoir des effets radicaux sur la dynamique et les sensations de jeu. En création, c'est donc un paramètre à bien réfléchir et tester pour trouver l'équilibre qui servira le mieux l'expérience que vous visez.

Cet article est éclairé par la lecture du livre Characteristics of Games, coécrit par Richard Garfield, Karl Robert Gutschera & George Skaff Elias et publié en 2012 par The MIT Press. Je le dédie à Marta, qui avait raison il y a quelques années en affirmant que Monopoly Millionnaire est mieux que Monopoly. Mais c'est pas pour ça que j'y jouerais.

samedi 2 novembre 2019

La limite du SAV abusif

Des éléments manquants ou abîmés dans une nouvelle boîte fraîchement acquise et ouverte ? Ça arrive, et le SAV (service après-vente) du magasin, du distributeur ou de l'éditeur remplacera généralement les éléments concernés pour que le client final soit en possession du jeu tel que prévu, et satisfait en prime. Mais faut-il solliciter ce service au moindre défaut constaté ?


L'envers du SAV

On signale un problème, assorti parfois d'une photo et/ou d'un numéro de série, on demande un remplacement, et il suffit que l'expéditeur passe à la poste le lendemain, c'est pas compliqué !
Oui, mais. Du côté du fournisseur, face au nombre de demandes, c'est un service qui doit s'organiser. Il s'agit en premier lieu d'un échange, souvent d'e-mails, qui prend du temps : lire, répondre, demander des informations cruciales telles que l'adresse d'expédition. Ensuite, il y a la gestion des stocks : parfois, on a un stock d'éléments supplémentaires en vrac prévus pour le SAV, mais souvent, il faut ouvrir des exemplaires neufs cellophanés pour en extraire l'élément voulu, gaspillant ainsi certaines pièces jamais demandées qui s'accumulent, en plus des ressources mobilisées pour la production de cette boîte neuve comme de toutes les autres. On en arrive à l'aspect manutention : il faut bien que quelqu'un réalise les manipulations susmentionnées (temps de travail), puis prépare l'enveloppe (neuve matelassée ?) ou le colis (avec des matières d'emballage qu'on espère en partie réutilisées, mais il faut au moins une bonne dose de ruban adhésif), et enfin l'expédie, en même temps que les autres commandes.
Le SAV a donc un coût, à la fois financier pour l'acteur de la chaîne qui le gère et écologique, entre les matières, neuves ou pas, utilisées ou gaspillées, et le transport lui-même.


La limite du raisonnable

Il y aura toujours des variations et erreurs de manufacture, tant pour les jeux de société que pour tout ce qui est commercialisé. Il est normal de vouloir un objet complet et utilisable en bon état, tout comme il est normal de fournir cela aux clients. Mais avant de vous-même dépenser de votre propre temps à écrire (ou appeler) pour une demande de SAV, interrogez-vous sur la nécessité de cette démarche.
Le défaut présenté par l'exemplaire en votre possession vous empêche-t-il d'y jouer ? Ou gêne-t-il significativement la lisibilité, la fluidité de la partie ? Des pièces manquantes, des planches mal imprimées ou mal découpées, un sablier deux fois plus long ou plus court que prévu, une boîte complètement détruite, par exemple, empêchent en effet de profiter normalement du jeu acquis. En revanche, des pions cassés, fendus, une impression décalée ou un coin de boîte enfoncé sont tout à fait acceptables, la raison existentielle d'un jeu étant d'être joué et celui-ci ne pouvant dans tous les cas pas échapper à une usure normal au fil du temps et de son utilisation.
Oui, mais vous avez payé la même somme que les autres, et vous êtes en droit d'avoir un matériel aussi parfait que celui du client qui vous précédait. Si vous vous reconnaissez dans cette affirmation, interrogez-vous à nouveau : qu'est-ce qui fait que vous vous sentez floué ? Que ressentez-vous ? Quel rapport entretenez-vous avec le matériel ? Ce rapport est-il sain ? Parvenez-vous à prendre volontairement une distance objective pour évaluer la gravité du problème ? Oui, on verse ici dans un aspect psychologique qu'il me semble important de pointer, voire de lier à d'autres domaines de votre vie.


Relativisons

Tout processus de production engendre des variations normales ; d'ailleurs, c'est pareil pour les vaccins (c'est même parfois pour cela plus que par une sensibilité personnelle que certains font des réactions et pas d'autres, mais bref, là n'est pas le sujet). De plus, un jeu n'est pas prévu pour être un objet de collection (n'en déplaise à certains), il est prévu pour être utilisé. Même si votre exemplaire est sorti parfait de l'usine, il ne sera jamais à l'abri d'une chute, du renversement d'un verre d'eau (pour ne pas faire l'apologie de quelconques sodas ou boissons alcoolisées), du mâchouillage d'un meeple junior aux valeurs de portée et de vitesse sous-estimées. Et avoir un exemplaire imparfait (ou carrément d'occasion) vous facilitera l'acceptation de ces altérations, certes évitables pour certaines, mais normales.
Alors, en regard du défaut constaté, cela vaut-il la peine de mobiliser autant de ressources pour un remplacement ? La décision d'en effectuer la demande ou non vous revient.

dimanche 20 octobre 2019

Jouer : de la passion à la raison

On se laisse souvent emporter par une passion ; on mange, on dort, on respire jeux. Ça détend, ça donne de l'énergie, ça crée des liens. Mais comment évoluera-t-elle ? Au niveau individuel, au niveau de la communauté qui la partage ? Collection, prosélytisme, rédaction, analyse… ou simplement profitage ?


La passion assouvie

Le jeu de société, c'est une passion qui m'anime depuis mon enfance. Tant sa pratique que son détournement : en modifier les règles, les utiliser dans des contextes spécifiques, en créer…
Pendant des années, en parallèle avec la croissance du secteur des jeux de société dits modernes, j'ai adoré en découvrir de nouveaux titres, de nouveaux principes, de nouvelles sensations. Une de mes créations m'a conduite, de fil en aiguille, à intégrer l'équipe d'un magazine spécialisé en tant que relectrice, en participant occasionnellement à la rédaction. Une consécration pour quelqu'un qui aime aussi jouer avec la langue et a lancé le projet d'un journal de l'école à peine arrivée en secondaire. Puis j'ai travaillé en multitâche pour un éditeur de jeux, et là, c'est prendre part à leur développement qui m'a ravie.


Un décalage progressif

Le secteur s'emballe. Le jeu de société n'est plus une passion, c'est un produit de consommation. Il faut être visible, vendre un max, élargir la cible. Les nouveautés annuelles se comptent en milliers.
La relecture du magazine n'est plus un plaisir en avant-première, c'est un défilement de texte concernant des jeux dont les règles sont proches d'autres qui existent déjà ; peu sortent remarquablement du lot, et encore moins de façon durable.
Les réseaux sociaux sont témoins d'une boulimie dans laquelle les participants s'influencent mutuellement en validant (et incitant) leurs comportements d'acquisition compulsive, avec une connivence teintée de touches humoristiques qui dédramatisent.
Je suis saturée. Je ne veux pas participer à la hype du dernier buzz. J'évite depuis longtemps le financement participatif. Je ne suis plus sûre de vouloir participer à la déferlante avec mes créations. Et surtout, je n'ai pas besoin de plus de jeux.


Un nouveau positionnement

La course à la nouveauté ne me concerne plus, j'ai décidé de me contenter de ce que j'ai. Ou presque. Je m'autorise encore à ajouter à ma ludothèque des jeux qui m'auront convaincue après y avoir joué, ou que je suis convaincue qu'ils apportent quelque chose de suffisamment différent.
Plus encore, je fais le tri. Il y a des jeux dont on ne se sert pas, ou très peu ; trop longs, trop complexes, manque d'amis intéressés à y jouer, ou simplement un autre titre a notre préférence dans un genre similaire. Ceux-là ont droit à une partie de la dernière chance avant d'être probablement revendus. Il y en a d'autres qui ne quitteront jamais ma ludothèque pour diverses raisons qui en font des coups de cœur ou des incontournables. Les autres resteront sur mes étagères aussi longtemps qu'ils ne basculeront pas dans une de ces catégories, peut-être indéfiniment. Parce qu'on les aime bien dans des circonstances précises, qu'on sait avec qui on va les sortir, ou parce qu'ils ont simplement un petit quelque chose de spécial.

Couture - Réalisation de la robe Sirena

La robe Sirena est toute en courbes et disponible en tailles 80 à 164 , réparties en deux patrons. Elle a été créée et publiée en allemand p...