dimanche 15 novembre 2020

L'argument écologique en faveur de l'allaitement

Cet article a été initialement écrit pour le site ça commence par moi ; il n'y a finalement pas été publié dans le souci d'éviter des clivages pro/anti allaitement, malheureusement trop souvent guidés par une culpabilité (qui n'a pas lieu d'être) de celles qui optent pour le biberon. Ce qui est dommage, car on y gagnerait à pouvoir avoir des discussions saines en respectant la position et le choix de chacune tout en admettant que l'allaitement est la meilleure option "par défaut".

Avec des variations selon la source, on considère qu’un bébé a besoin de lait adapté jusqu’à deux à trois ans, et que celui-ci constitue la base de son alimentation jusqu’à un an et demi. Le lait maternel est normalement prévu pour cela ; le lait artificiel a été conçu pour celles qui éprouvaient des difficultés à allaiter, et n’a cessé d’être amélioré depuis le 19e siècle, au point de devenir aujourd’hui une véritable alternative.

De la vache (avec les problématiques engendrées par l’élevage intensif), le lait est tiré, réfrigéré, transporté, pasteurisé, écrémé, modifié notamment avec l’ajout de graisses et vitamines (qui doivent elles-mêmes être produites), séché, mis en boîte (avec la chaîne de production de la boîte elle-même), puis en cartons et/ou palettes, et retransporté vers les magasins. Sans compter le département marketing, ça représente une grande quantité d’énergie, de matière, de terrain, d’eau; bref, de ressources en général. Puis, une fois à la maison, on chauffe à nouveau de l’eau pour reconstituer ce lait. Au rythme moyen d’une boîte par semaine par bébé, on peut affirmer sans calcul que l’impact écologique est énorme.

Outre ses bienfaits nutritionnels et affectifs, ainsi que sur la santé de la mère, l’allaitement est donc également un très bon moyen de limiter l’empreinte écologique de bébé tout en faisant de sérieuses économies (en sous et en temps). Et ce, même en comptant dans la balance une croissance d’appétit (surtout au début) ainsi que les solutions d’allaitement indirect, telles que le tire-lait (ne mentons pas, l’électrique est plus efficace), les récipients de stockage, la congélation et le réchauffage.

Et pourtant, l’allaitement n’est pas toujours facile à mener: fatigue, douleurs éventuelles, pression de l’entourage, de la société, organisation au travail, et parfois (souvent ?) même des recommandations inappropriées du corps médical…

Il faut savoir garder confiance en soi malgré les commentaires maladroits et assassins, qu’on trouve dans un entourage proche pourtant de bonne intention, et défendre son propre confort. Étonnamment, en huit mois d’allaitement sans complexe, jamais je n’ai reçu de remarque désobligeante de la part d’inconnus, mais plutôt des regards attendris !

Si vous avez le projet d’allaiter, ne laissez pas ces facteurs vous influencer, et tentez de trouver une source de soutien inébranlable (le conjoint a souvent un rôle important) pour mener cette belle aventure. Sachez qu’il existe des sages-femmes spécialisées ainsi qu’un réseau d’information et d’entraide : la Leche League.

Si vous hésitez ou êtes prête à vous laisser convaincre, alors essayez ! Il est plus facile d’arrêter si ça ne convient pas que de commencer à allaiter tardivement (même si ce n’est pas impossible !).

Et dans tous les cas, pas de culpabilité si vous avez recours au lait artificiel !

Pour terminer, voici un article très intéressant sur l'allaitement.

Mise à jour 11/03/2022 : Finalement, notre allaitement a duré plus de trois ans ! Il y a un autre paramètre que j'aimerais soulever dans cette réflexion : le choix du lait artificiel amène une dépendance au système industriel, dont les chaînes logistiques longues risquent de ne pas tenir le coup dans les prochaines années, avec l'instabilité de notre civilisation, la raréfaction des ressources et le dérèglement climatique qui cause de gros dégâts au système alimentaire. Dans ce contexte, l'allaitement permet d'être certaine de pouvoir nourrir son bébé dans un maximum de circonstances.


samedi 28 décembre 2019

Comment choisir des jouets de bain

Ah, le moment du bain ! Certains enfants l'adorent, d'autres le redoutent. Que ce soit pour focaliser l'attention du petit le temps de le laver ou pour traîner et s'amuser un peu dans la baignoire, le recours aux jouets de bain est difficilement évitable. Mais comment les choisir ? Parmi les multiples critères qui peuvent guider votre sélection, il y a les qualités intrinsèquement aquatiques de l'objet.



L'intérêt du bain

Les enfants ne se confiant pas encore au lavage à sec, je ne vous apprendrai rien en disant que dans le bain, il y a de l'eau ! Et c'est bien là l'intérêt principal du bain (et pas seulement se laver), qui se prête alors parfaitement à la découverte et l'expérimentation avec l'élément liquide, tout en évitant aux parents de changer mille fois les vêtements trempés de l'enfant, comme ça arrive systématiquement en été avec un bac rempli d'eau. Pour permettre cette expérimentation, je laisse volontiers le bain s'éterniser un peu, du moins aussi longtemps que la température de l'eau reste correcte. Dès lors, je classe les jouets appropriés en deux catégories : les vrais jouets de bain, et les jouets "de-banisés".

Les jouets "de-banisés"

Ce sont des jouets comme il en existe de façon "classique", mais adaptés pour le bain. Des livres ou puzzles plastifiés, des figurines qui flottent… Ces jouets peuvent être indifféremment utilisés dans le bain et hors du bain ; ils me semblent d'ailleurs particulièrement résistants face aux mains des tout-tout-petits, notamment les livres, comparés à ceux en cartons.
Mais dans le bain, il faut avouer que ces jouets n'ont aucune plus-value, si ce n'est d'encombrer l'espace de la baignoire, flotter et plus ou moins occuper l'enfant. Avec ou sans eau, c'est un peu pareil.

Les vrais jouets de bain

Ce sont ceux qui exploitent réellement les propriétés de l'eau. Ils offrent donc à l'enfant un élément nouveau à tester, à expérimenter, faisant du bain un moment unique avec des activités spécifiques et différentes de l'habitude. Le livre avec des éléments qui changent de couleur dans l'eau, par exemple, est en ce sens préférable à un livre classique "de-banisé". Les sets d'ustensiles qui permettent de contenir et transvaser l'eau, ceux qui permettent de pêcher des objets qui flottent, ceux qui font des bulles ou arrosent, sont d'autres exemples de vrais jouets de bain.

Les jouets improvisés

Mais finalement, nul besoin de jouets du commerce pour s'amuser dans le bain. En effet, un simple gant de toilette peut fournir des heures d'amusement : il se gorge d'eau, qui coule lorsqu'on le tient en hauteur. On peut ainsi viser de remplir avec l'eau de simples gobelets, voire les mains de papa et maman.
Des objets du quotidien peuvent aussi être très amusants. On pourra utiliser une simple louche pour remplir des gobelets, et ainsi apprendre à manipuler l'eau. Une seringue (sans aiguille bien sûr !) pourra servir d'arroseur et entraîner la motricité fine.
On peut aussi détourner des jouets classiques, par exemples les balles colorées des "piscines à balles", qui flottent et peuvent être maintenues sous l'eau, puis lâchées d'un coup pour être propulsées vers le haut.

mercredi 13 novembre 2019

Comment choisir un bavoir pour bébé

« Bah, un bavoir, c'est un bavoir ! Ca sera de toute façon sali, ça sert à ça ! Alors pas besoin de se prendre la tête, n'importe lequel fera l'affaire. » Eh bien, détrompez-vous. Car certaines caractéristiques facilitent la vie, et d'autres la compliquent. Voici les critères issus de mon expérience.


La matière

Le bavoir, c'est prévu pour être sali. Oui, mais être sali comment ? Imaginez tout ce qui peut accomplir la destinée de l'objet considéré. De la nourriture qui colle, qui coule, plus ou moins liquide, pâteuse, accrochante, plus ou moins colorée.
Le bavoir ciré ne servira qu'à guider tout ce qui tombe vers le pantalon ou la chaise - qui, eux, doivent rester le plus propres possible.
Le bavoir en un coton fin doublé d'une matière imperméable sera correct, mais souvent insuffisant. Il évitera tout de même de salir le pull de bébé, du moins si ça ne passe pas du mauvais côté au niveau du col.
Il existe des bavoirs avec bac récolteur en plastique, ce bac devenant la destination de toute ce qui croyait se retrouver sur le pantalon, ou sur la chaise, ou par terre. L'idée est vraiment sympa, mais selon le modèle, plus ou moins large ou haut, ce bac peut gêner les mouvements de l'enfant, qui essaiera alors de l'enlever.


L'attache

Un bavoir, ça doit tenir autour du cou, sinon, ça ne sert à rien. Mais comment l'attacher ?
Les classiques lacets demandent une manipulation plus longue et fastidieuse derrière le cou de bébé, qui peut balancer la tête de droite à gauche, se retourner, se débattre. Et qui peut aussi avoir des cheveux plus ou moins longs qui se prennent douloureusement dans les lanières. Ces dernières étant de plus en plus courtes (bah oui, bébé grandit), la tâche se complique au fil du temps.
Les scratchs (ou velcros pour ceux qui parlent bien) sont pratiques, avec une manipulation brève ne nécessitant pas trop de précision. Mais la présence de cheveux dans la zone d'attache est d'autant plus problématique, et à la sortie de la machine à laver, on retrouvera souvent un linge délicat accroché au bavoir, en train de s'abîmer.
Les bavoirs à enfiler par la tête sont plutôt à éviter selon moi, surtout les premiers mois (comme les autres vêtements) : après le chamboulement de la naissance, ils peuvent être sources d'une angoisse évitable. De plus, l'enfant saura difficilement l'enlever par lui-même et pourrait, si on est alarmiste, se blesser en s'étranglant s'il venait à se coincer quelque part (ou en le tirant trop fort avec acharnement).
Les pressions demandent un peu plus de précision que le scratch, mais on en prend vite l'habitude à force de manipuler des bodys à longueur de journée. C'est rapide, ça ne malmène pas trop les cheveux, et ça passe parfaitement dans la machine à laver !


La taille

C'est quelque chose qu'on constate à force d'en voir et de s'en faire offrir à notre détriment : il existe plusieurs tailles de bavoirs, certains prévus pour les nouveaux-nés jusqu'à quelques mois, et d'autres qui visent clairement les enfants de deux-trois ans.
La méthode d'attache de bavoirs "intermédiaires" permet plus ou moins de les régler pour convenir à tout âge, et ainsi limiter la duplication du stock.
Les bavoirs sont aussi plus ou moins couvrants. Les modèles larges et longs sont à privilégier sur ceux en triangle, simplement parce qu'ils protègent une plus grande zone de ce qu'on veut éviter de salir.
Il existe des "bavoirs bandana" plus fins ou particulièrement jolis, qui servent réellement à absorber la bave et éviter qu'elle tache les vêtements, lors d'une poussée dentaire par exemple. À ne pas utiliser aux repas, donc !


Le bavoir idéal…

… c'est celui qui est épais, absorbant, doublé d'une matière imperméable. Il est rectangulaire, couvre toute la largeur de l'enfant (enfin, de moins en moins au fur et à mesure qu'il grandit...) et descend jusqu'au bas du ventre. Il s'attache avec des pressions, plusieurs, ce qui permet de régler la taille au cou. L'esthétique, on s'en tape !
Et vous savez quoi ? Ça existe ! Une amie nous en a justement offert un, de la marque Mum2Mum. D'autres marques doivent probablement en proposer également.
Au lieu de dépenser le moins possible pour un bout de tissu à salir, finalement, ça vaut la peine d'investir un peu. Car ce qu'on achète, c'est surtout une diminution des manipulations de nettoyage et de changement de vêtements du p'tit bout. Et quand on regarde en seconde main, finalement, ça ne coûte tout de même pas grand-chose ! S'il y a des taches qui ne partent pas, vous l'aurez encore moins cher. Et puis, même si vos bavoirs ne sont pas parfaits, le principal est que vous soyez satisfaits des vôtres. Nous, on remarque bien qu'il y a ceux qu'on utilise le plus souvent, et ceux qu'on utilise en déplacement ou si les autres sont au linge.

mardi 5 novembre 2019

L'allaitement n'est pas gratuit

Lorsqu'on oppose le lait maternel aux préparations pour nourrissons (parce qu'on ne peut plus les appeler "laits", et tant mieux), de nombreux arguments reviennent : bénéfices pour l'enfant (nutritifs, immunitaires, affectifs), pour la mère (mécanismes hormonaux), considérations logistiques et… financières. Parce que l'allaitement, il paraît que c'est gratuit.


Le tire-lait manuel

Lorsqu'on allaite au-delà des trois premiers mois (voire avant), il y aura des moments sans le bébé. Parce qu'on veut sortir, passer une soirée pour nous seule, ou en amoureux, parce qu'on le confie à la mamie ou au parrain pour plusieurs heures voire la nuit, parce qu'il va à la crèche. Ou le rythme sera perturbé lorsqu'on part en excursion ou en vacances, ou si on tombe malade.
Dans ces moments, un tire-lait d'appoint est un allié précieux. Manuel, il se transporte partout et permet de tirer son lait en toutes circonstances, même sur le parking d'une salle de concert, pour simuler une tétée et éviter une diminution de la lactation. Ce tire-lait vient souvent avec un ou deux pots/biberons de stockage, auxquels il faut ajouter un moyen de transport réfrigéré (sac isotherme et blocs glacés).
Dans mon cas, le tire-lait était à 35€ (neuf), le petit sac isotherme 4€ d'occasion (il sert aussi pour les repas solides !) et les blocs, on les avait.


Le tire-lait électrique

Puis on reprend le travail, et il faut trouver une solution à plus long terme pour maintenir la lactation et fournir des biberons. Le tire-lait électrice s'impose. Avec ses allures d'une machine de torture, alors que je m'étais jurée de ne pas y avoir recours, il a fini par entrer chez moi et me suivre au boulot, dans sa valisette métallique. Non, je n'allais pas priver ma fille du plaisir de la tétée, je n'allais pas céder à la toute-puissance des industriels qui ont transformé la normalité de l'alimentation du tout-petit. Et en plus, je voulais préserver au maximum son unique rein fonctionnel des protéines animales qui le fatigueraient plus que nécessaire.
Un tire-lait électrique, on ne sait pas combien de temps on va l'utiliser. Et pour l'efficacité, avec la sensibilité des tétons qui diminue, il en faut un bon. J'ai peu consulté le marché de l'occasion pour cet attirail ; ma solution spontanée a été la location à ma mutuelle.
En partant du principe que la caution de 35€ me sera remboursée, il faut compter l'achat d'un kit individuel (20€), puis la location coûte 11€ par mois, les trois premiers étant gratuits. N'oublions pas les nécessaires bouteilles de stockage (2€/pièce pour moi, j'en ai eu besoin de 30). Le côté usage unique anti-écologique des sachets de stockage et le risque qu'ils percent m'ont conduite à éliminer immédiatement cette option. Et puis l'énergie électrique difficilement comptabilisable pour congeler, puis dégeler (surtout pas au micro-ondes) ce lait lorsqu'on l'utilise, et enfin le nettoyage de tout le matériel utilisé quotidiennement.


Et tout le reste

Allaiter, ce n'est pas facile pour tout le monde dès le départ. Il y a souvent quelques embûches sur le chemin, surtout au démarrage, et il faut savoir les surmonter pour être plus tranquille par la suite. Surtout, il est fréquent de recevoir de mauvais conseils de la part de l'entourage, mais aussi, plus grave, de la part de professionnels qui, finalement, n'en sont pas spécialistes. Il peut être nécessaire alors de consulter des sages-femmes spécialisées en lactation, qui s'avèrent être une véritable ressource et un soutien important lors des étapes difficiles. Ces consultations, en Belgique, sont bien remboursées, mais pourront laisser quelques frais à votre charge, notamment le déplacement.
On voudra peut-être investir dans des vêtements prévus pour l'allaitement, notamment des soutien-gorges et hauts adaptés. Il y a moyen d'y consacrer un vrai budget si on veut du neuf ou si on ne trouve pas d'occasion. Pour ma part, j'ai choisi de simples brassières et des gilets à tirette tout à fait classiques.
Un tube de lanoline (8€) est souvent utile au démarrage, et il faudra investir dans des coussinets d'allaitement ; je tournais avec 18 lavables (34€). Des coquilles d'allaitement m'ont également été utiles pendant cinq mois, afin de récolter le lait qui coulait tout seul au cours de la tétée (13€).


Le seconde-main

Un tire-lait manuel peut s'acheter facilement en seconde main pour une vingtaine d'euros. Cependant, tout le matériel en contact avec le lait, y compris le kit individuel du tire-lait électrique ainsi que les bouteilles de stockage et tétines, doit être dûment lavé et stérilisé. Le lait maternel étant une excrétion du corps, il peut contenir et transmettre certains virus et germes, donc des maladies.
Sous cette réserve, il est donc possible de s'en sortir pour moins cher, et même de revendre son matériel encore en bon état.


Le temps, c'est de l'argent

C'est ce qu'on dit, et c'est vrai. Car quand on prend deux demi-heures pour tirer son lait au travail, c'est une charge significative en plus. Et c'est là que je regrette avoir manqué d'information quant à la réglementation des "pauses allaitement". Car ce n'est pas juste une obligation du patron de laisser ce temps et un espace à la travailleuse ! En accomplissant les démarches nécessaires, en Belgique, cette heure journalière est déduite du temps de travail et payée à la place par la mutuelle jusqu'au 9e mois du bébé. Ce qui équivaut, en étant à 4/5e, à un jour de congé toutes les deux semaines. Si j'avais su ! Ça aurait probablement ralenti le processus d'épuisement dans lequel j'étais engouffrée.


Et ça vaut tellement la peine

Indépendamment des bienfaits scientifiquement prouvés, l'allaitement vaut tellement la peine. Voir le bébé qui se réjouit de la tétée, détenir le pouvoir de calmer rapidement la plupart des crises, de réduire les désagréments des petites maladies banales, d'apporter un peu d'apaisement pour favoriser le sommeil. Et tout ce à quoi je ne pense pas en écrivant ces lignes. Mais non, ce n'est pas tout à fait gratuit. Pour ma part, aux 19 mois de ma fille, ça m'aura coûté 315€ en frais comptabilisables… tout de même 1000€ de moins, à la grosse louche, que l'utilisation de préparations industrielles.

lundi 4 novembre 2019

Pourquoi Monopoly Millionnaire est mieux que le classique

Monopoly ! Un nom synonyme d'injustice, de longueur, de mocheté, de vieillesse. Malgré son succès commercial intarissable, on préfère l'oublier dès qu'on fait connaissance avec certains jeux plus modernes, qui savent toucher leur public et offrir un réel intérêt au cours de chaque partie. Mais comme tout ancêtre, il a de l'expérience à partager.


Son plus gros défaut

L'unanimité dira que le plus gros défaut de Monopoly est de traîner en longueur. Cet aspect est renforcé par certains oublis de règles (la mise aux enchères lorsqu'on décide de ne peut pas acheter un terrain) et par des ajouts "maison" transmis de génération en génération (premier tour de plateau sans achats, récupération d'un pot commun sur le parc gratuit, emprunts arrangés…). Toutes ces modifications ont pour effet d'allonger encore la partie en retardant ce qui provoque un effet boule de neige la précipitant à sa fin, c'est-à-dire la possession de terrains et constructions (qui permettent les flux de monnaie) ainsi que la faillite (qui élimine les joueurs, donc concentre le capital). Notez qu'il n'existerait probablement pas autant de variantes officieuses si le jeu était équilibré et satisfaisant de base.


L'élimination logique

Dans Monopoly, plus on gagne, plus on gagne, et la qualité du démarrage de chacun est une question de chance. Le fait qu'il dure longtemps n'est pas un problème en soi ; certains jeux durent des heures et gardent leur fidèle public. Le problème est le peu d'intérêt qu'il propose (maintient ?) pendant si longtemps. La proportion de hasard empêche toute satisfaction d'avoir bien mené sa partie, d'avoir pris les bonnes décisions ou de relever le défi de "se refaire" si on est mal parti. Car rien ne permet de se refaire. De ce fait, on ne joue que pour gagner ; et dès qu'il est clair qu'on n'a aucune chance de gagner, par manque de revenus ou parce qu'un joueur a clairement pris l'avantage, la partie devient ennuyeuse, tant pour celui qui perd que pour celui qui gagne. Alors, tout le monde "joue le jeu", littéralement, sans plaisir, jusqu'à la fin. Ou alors, on va décider de déclarer prématurément un vainqueur avant de refermer la boîte.
On connaît bien l'élimination stricte : le joueur est exclu de la partie et la regarde se dérouler sans plus y prendre part, ou se dévoue pour servir les boissons. Si ce mécanisme est souvent critiqué, l'élimination logique est pire : le joueur concerné n'a aucune chance de gagner, et s'il s'en rend compte, s'il perd tout espoir (réel ou imaginaire), il traîne dans la partie jusqu'à la fin, avec éventuellement le pouvoir d'avantager d'autres joueurs selon sa volonté (kingmaking), et c'est plombant pour tout le monde.


Et Monopoly Millionnaire ?

La principale modification des règles dans la version Millionnaire n'est rien de moins que le but du jeu (et en même temps ce qui déclenche sa fin) : plutôt que ruiner ses adversaires jusqu'à rester le seul en lice, il faut amasser un million (d'euros ? de dollars ? peu importe !) en billets. Dès lors, si l'élimination stricte n'est plus nécessaire, l'élimination logique a un impact significativement réduit : même si un joueur est clairement un avance, on peut garder l'espoir d'un soubresaut qui nous ferait atteindre le seuil victorieux avant lui, et ce, même si un tel soubresaut aurait été passager dans la version classique. On reste alors impliqué dans la partie bien plus longtemps, et cette partie est en même temps raccourcie en supprimant la longue descente aux enfers. On y gagne des deux côtés, avec pour effet de condenser le plaisir de jeu.
Ce que ce Monopoly Millionnaire nous apprend est une leçon de game design. Faire varier l'objectif des joueurs et/ou ce qui déclenche la fin de partie peut avoir des effets radicaux sur la dynamique et les sensations de jeu. En création, c'est donc un paramètre à bien réfléchir et tester pour trouver l'équilibre qui servira le mieux l'expérience que vous visez.

Cet article est éclairé par la lecture du livre Characteristics of Games, coécrit par Richard Garfield, Karl Robert Gutschera & George Skaff Elias et publié en 2012 par The MIT Press. Je le dédie à Marta, qui avait raison il y a quelques années en affirmant que Monopoly Millionnaire est mieux que Monopoly. Mais c'est pas pour ça que j'y jouerais.

samedi 2 novembre 2019

La limite du SAV abusif

Des éléments manquants ou abîmés dans une nouvelle boîte fraîchement acquise et ouverte ? Ça arrive, et le SAV (service après-vente) du magasin, du distributeur ou de l'éditeur remplacera généralement les éléments concernés pour que le client final soit en possession du jeu tel que prévu, et satisfait en prime. Mais faut-il solliciter ce service au moindre défaut constaté ?


L'envers du SAV

On signale un problème, assorti parfois d'une photo et/ou d'un numéro de série, on demande un remplacement, et il suffit que l'expéditeur passe à la poste le lendemain, c'est pas compliqué !
Oui, mais. Du côté du fournisseur, face au nombre de demandes, c'est un service qui doit s'organiser. Il s'agit en premier lieu d'un échange, souvent d'e-mails, qui prend du temps : lire, répondre, demander des informations cruciales telles que l'adresse d'expédition. Ensuite, il y a la gestion des stocks : parfois, on a un stock d'éléments supplémentaires en vrac prévus pour le SAV, mais souvent, il faut ouvrir des exemplaires neufs cellophanés pour en extraire l'élément voulu, gaspillant ainsi certaines pièces jamais demandées qui s'accumulent, en plus des ressources mobilisées pour la production de cette boîte neuve comme de toutes les autres. On en arrive à l'aspect manutention : il faut bien que quelqu'un réalise les manipulations susmentionnées (temps de travail), puis prépare l'enveloppe (neuve matelassée ?) ou le colis (avec des matières d'emballage qu'on espère en partie réutilisées, mais il faut au moins une bonne dose de ruban adhésif), et enfin l'expédie, en même temps que les autres commandes.
Le SAV a donc un coût, à la fois financier pour l'acteur de la chaîne qui le gère et écologique, entre les matières, neuves ou pas, utilisées ou gaspillées, et le transport lui-même.


La limite du raisonnable

Il y aura toujours des variations et erreurs de manufacture, tant pour les jeux de société que pour tout ce qui est commercialisé. Il est normal de vouloir un objet complet et utilisable en bon état, tout comme il est normal de fournir cela aux clients. Mais avant de vous-même dépenser de votre propre temps à écrire (ou appeler) pour une demande de SAV, interrogez-vous sur la nécessité de cette démarche.
Le défaut présenté par l'exemplaire en votre possession vous empêche-t-il d'y jouer ? Ou gêne-t-il significativement la lisibilité, la fluidité de la partie ? Des pièces manquantes, des planches mal imprimées ou mal découpées, un sablier deux fois plus long ou plus court que prévu, une boîte complètement détruite, par exemple, empêchent en effet de profiter normalement du jeu acquis. En revanche, des pions cassés, fendus, une impression décalée ou un coin de boîte enfoncé sont tout à fait acceptables, la raison existentielle d'un jeu étant d'être joué et celui-ci ne pouvant dans tous les cas pas échapper à une usure normal au fil du temps et de son utilisation.
Oui, mais vous avez payé la même somme que les autres, et vous êtes en droit d'avoir un matériel aussi parfait que celui du client qui vous précédait. Si vous vous reconnaissez dans cette affirmation, interrogez-vous à nouveau : qu'est-ce qui fait que vous vous sentez floué ? Que ressentez-vous ? Quel rapport entretenez-vous avec le matériel ? Ce rapport est-il sain ? Parvenez-vous à prendre volontairement une distance objective pour évaluer la gravité du problème ? Oui, on verse ici dans un aspect psychologique qu'il me semble important de pointer, voire de lier à d'autres domaines de votre vie.


Relativisons

Tout processus de production engendre des variations normales ; d'ailleurs, c'est pareil pour les vaccins (c'est même parfois pour cela plus que par une sensibilité personnelle que certains font des réactions et pas d'autres, mais bref, là n'est pas le sujet). De plus, un jeu n'est pas prévu pour être un objet de collection (n'en déplaise à certains), il est prévu pour être utilisé. Même si votre exemplaire est sorti parfait de l'usine, il ne sera jamais à l'abri d'une chute, du renversement d'un verre d'eau (pour ne pas faire l'apologie de quelconques sodas ou boissons alcoolisées), du mâchouillage d'un meeple junior aux valeurs de portée et de vitesse sous-estimées. Et avoir un exemplaire imparfait (ou carrément d'occasion) vous facilitera l'acceptation de ces altérations, certes évitables pour certaines, mais normales.
Alors, en regard du défaut constaté, cela vaut-il la peine de mobiliser autant de ressources pour un remplacement ? La décision d'en effectuer la demande ou non vous revient.

mercredi 23 octobre 2019

Codenames

Codenames propose de jouer avec les mots sur un principe simple d'association d'idées à partir de plusieurs sources. Dans chacune des deux équipes, le joueur désigné doit faire deviner 8 ou 9 mots parmi 25 à ses acolytes en un minimum de tours. Pour cela, il tentera de tisser des liens entre eux pour énoncer un indice ainsi que nombre de mots (le plus possible) qui y correspondent.


Première manche

L'art de faire deviner

J'adore être la donneuse d'indices de mon équipe, pour l'exercice cérébral que ça représente et le défi de trouver des liens entre le plus de mots possible. Ces liens sont souvent tordus, capillotractés, issus d'une triple couche d'association d'idées ou d'une référence qu'il faut connaître. Car comme on s'adresse à son équipe, les private jokes peuvent être utilisées. Au risque d'un foirage si ce n'est pas compris !
Plus on tente de rassembler un grand nombre de mots, plus certains d'entre eux risquent d'être éloignés de l'indice. Il faut alors être particulièrement vigilant, identifier les mots parasites (qui pourraient correspondre, mais ne nous appartiennent pas) et le risque que l'un d'eux soit plus évident à désigner que l'un de ceux qui nous appartiennent. Et surtout prendre garde au mot assassin, qui signe la défaite de l'équipe qui le cite.
Il faut être conscient que chaque indice qu'on donne, s'il n'est pas complètement honoré par nos coéquipiers, constitue un contre-indice pour l'équipe adverse. De même, les réflexions à voix haute de notre équipe peut à la fois nous guider pour l'indice suivant et… servir l'ennemi.
Selon la configuration de la partie, la difficulté d'endosser ce rôle est très variable. Les mots peuvent être répartis de sorte que des indices évidents sautent aux yeux dès le départ, ou ils peuvent tellement diverger qu'on galère à trouver un point commun ne serait-ce qu'entre deux d'entre eux. La quantité de mots parasites, tout aussi tributaire de la mise en place, change aussi beaucoup la dynamique de la partie. Il arrive qu'on se regarde en chiens de faïence avec l'autre donneur d'indices, chacun attendant que l'autre fasse deviner un mot spécifique, libérant la possibilité d'un indice sans ambiguïté. Tout en retardant cette situation, sous peine de faciliter la tâche de l'adversaire.

Une place privilégiée dans ma ludothèque

Codenames offre une expérience indéfiniment renouvelable. La quantité de mots disponibles dont on n'utilise que 25 à la fois, beaucoup ayant en outre plusieurs significations, constitue une matière infiniment variable. Si on retrouve régulièrement les mêmes, à force de dizaines de parties, leur configuration sera différente : d'autres mots (parfois partiellement) appartiendront à nous ou à l'adversaire ; ce ne seront pas les mêmes mots neutres, pas les mêmes parasites, pas le même assassin ; un indice évident ou déjà utilisé pourra être passé à la trappe au profit d'un autre, plus réfléchi, plus risqué, qui intégrerait un ou plusieurs mots supplémentaires. Les éléments à prendre en compte pour déterminer un indice seront alors tout autres.
Les personnes avec qui l'on joue influencent aussi grandement la partie. Leur façon de penser, les intérêts et références qu'on leur connaît, leur environnement professionnel, leurs loisirs et les anecdotes passées vont guider le choix de l'indice dans l'une ou l'autre direction. Et leur nombre : savoir qu'on s'adresse à une seule personne ou à un groupe constitué de plusieurs personnalités, qui discutent et rebondissent sur les idées avant de donner leurs réponses, est un paramètre décisionnel. Dans le deuxième cas, on peut compter sur l'un ou l'autre pour suggérer des directions de réflexion radicalement différentes, voire spécifiques. D'ailleurs, Codenames est apprécié par des personnes aux profils très variés, on peut tout à fait y jouer avec la famille au complet ! Ou presque.
Et les moments mémorables. Quand on sait que c'est probablement notre dernier tour, on prend des risques et on tente de lier les derniers mots de façon improbable. Comme "Entrer" et "Pouce". Avec une fierté sans pareille lorsque cette ultime chance est couronnée de succès. Quand le mari d'une archéologue utilise cette discipline pour faire deviner "dinosaure", on se précipite à la place vers l'assassin "château", persuadé qu'il ferait la différence avec la paléontologie - on ne sait d'ailleurs toujours pas qui doit porter le plus de honte dans cette histoire. Ou quand notre partenaire ne voit pas "ninja" juste à côté de "vert" pour l'indice "tortue", sous les regards incrédules de l'assemblée.
Il ne reste qu'à me procurer la version deux joueurs, pour le pratiquer plus souvent et y apporter une vague de nouveaux mots !

Codenames, un jeu de Vlaada Chvátil édité en français par Iello.

Couture - Réalisation de la robe Sirena

La robe Sirena est toute en courbes et disponible en tailles 80 à 164 , réparties en deux patrons. Elle a été créée et publiée en allemand p...